"Partis de là, ils traversaient la Galilée, et Jésus ne voulait pas qu’on le sache, car il enseignait ses disciples en leur disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. »

Marc rapproche l’image du serviteur de celle du crucifié : Le fils de l’homme sera livré aux mains des pêcheurs pour être bafoué et mis à mort, puis il ressuscitera. Il est celui qui s’humilie, et qui sera exalté ; celui qui s’abaisse, et qui sera élevé. Cette Parole résume le mystère de la Pâque et notre façon d’y entrer à sa suite. Cette annonce de la Passion-Résurrection de Jésus suscitera la dispute des disciples pour savoir qui est le plus grand. Ce que Jésus demande à ceux qui veulent suivre c’est d’être à son école. « Voici que je me tiens au milieu de vous comme celui qui sert. » Jésus annonce aussi : « Vous me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul, le Père est toujours avec moi. » Jésus est un homme traqué qui connaît ce qu’il y a dans l’homme. La vérité chasse les ombres, mais cela est insupportable pour ceux qui n’acceptent pas la lumière. Il est la Parole faite chair, il est la vérité qui dérange. Lui qui a déjà parlé de sa souffrance, emploie aujourd’hui une nouvelle expression : « Le "Fils de l’homme" est livré aux mains des hommes. » Il sera livré par Judas pour trente pièces d’argent. Livré aux Juifs, ils le livreront aux Romains, qui le livreront de nouveau aux Juifs. Jésus en prenant le pain qui deviendra "Eucharistie", se livrera lui-même pour que nous ayons la vie.
"Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Jésus adresse un reproche à ses disciples qui ne le comprennent pas. Le serviteur est à la disposition des autres, il s’efface, s’abaisse, se donne sans compter. Jésus évoque le serviteur souffrant d’Isaïe qui se donne tout entier en rançon pour le peuple. Nous voici au cœur du mystère de Pâques, devant son double mouvement essentiel, abaissement-élévation. Jésus est seul, sa Parole va prendre corps, elle va devenir chair en chacun de nous. Ce mystère de Jésus qui habite en nous prendra beaucoup de temps pour se réaliser. Notre vie, donnée au Seigneur Jésus livré, va progresser encore jusqu’à ce quelle arrive à son but : « L’or est vérifié par le feu. » Cette image du feu de l’Amour qui enveloppe tout ce qu’il touche, évoque la Passion de Jésus. Il va tout transformer et tout conformer en lui-même. Il faut que nous devenions "Christ" au milieu du monde.
« Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » L’abaissement de Jésus est celui du Fils que le Père va entrainer dans sa gloire. Jésus évoque l’humilité et la pauvreté qui s’exprime chez l’enfant. Nous demandons la grâce d’imiter Jésus pour entrer avec lui dans le mouvement pascal. Cet abaissement répète le geste de Jésus qui a triomphé de la mort et qui à sauvé le monde. L’abaissement doit être comme celui de Jésus, vrai et effectif. Il reproduit l’extraordinaire descente de Jésus du ciel jusqu’au milieu de nous, et, plus bas encore, jusque dans la mort et les enfers. Abaissement devant Dieu au cœur de toute épreuve. Abaissement devant nos frères comme serviteur de tous et à la dernière place, abaissement à nos propres yeux dans nos échecs et nos faiblesses. Seul l’Esprit Saint peut l’opérer en nous. Il nous donne ce grand amour de Jésus qui nous presse à le rejoindre par l’humiliation, par où lui-même est passé. Vivre cet abaissement dans la foi, l’espérance et la charité en attendant de Dieu seul le relèvement, c’est devenir chrétien et entrer dans l’action de grâce de Jésus.